Cet article explore la place de la mort dans les trajectoires des musulmans en Italie, en situant l’analyse à l’intersection des dynamiques d’intégration et des régimes symboliques qui organisent le vécu religieux en migration. À rebours de la tendance européenne à évacuer la mort de l’horizon ordinaire, l’étude montre que, pour des migrants socialisés dans des univers où la mort demeure hautement signifiante, l’expérience migratoire oblige à reconfigurer représentations, pratiques et dispositifs funéraires. Sur la base d’un matériau qualitatif (entretiens avec migrants et imams, observations ethnographiques de rituels et de situations de deuil, analyse de ressources en ligne), l’article met en évidence : (1) la centralité d’un idéal normatif de « bonne fin » (ḥusn al-khātima) qui encadre peurs eschatologiques, pratiques de piété (souvenir de la mort, testament) et épreuves de vulnérabilité; (2) la puissance sociale de la « promesse du retour » du corps au pays d’origine, pratique massivement valorisée et souvent organisée par des intermédiaires (associations, entreprises funéraires, assurances), malgré des prises de position juridiques musulmanes invitant à privilégier l’inhumation sur place; (3) les tensions entre normes étatiques des sociétés d’accueil (cimetières, procédures, coûts) et attentes rituelles, qui nourrissent un sentiment de déficit symbolique de la « bonne mort » en exil. L’article argue que la mort constitue un analyseur des recompositions identitaires et civiques : elle révèle à la fois l’attachement aux continuités traditionnelles et les possibilités d’un ancrage local (croissant mais encore minoritaire) des sépultures, avec des implications pour les politiques publiques de pluralisme religieux. En conclusion, il discute la condition sous laquelle la terre d’immigration peut devenir « sanctifiable » et offrir une clôture de vie socialement et religieusement reconnue.
أرض الميعاد في "الحياة الأخرى". الموت وعودة الجثث إلى الوطن في تصور المهاجرين المسلمين بإيطاليا [trad. La terre promise dans l’« autre vie ». L’imaginaire de la mort et le retour des défunts en patrie dans la migration musulmane en Italie]
Rhazzali M K
2017
Abstract
Cet article explore la place de la mort dans les trajectoires des musulmans en Italie, en situant l’analyse à l’intersection des dynamiques d’intégration et des régimes symboliques qui organisent le vécu religieux en migration. À rebours de la tendance européenne à évacuer la mort de l’horizon ordinaire, l’étude montre que, pour des migrants socialisés dans des univers où la mort demeure hautement signifiante, l’expérience migratoire oblige à reconfigurer représentations, pratiques et dispositifs funéraires. Sur la base d’un matériau qualitatif (entretiens avec migrants et imams, observations ethnographiques de rituels et de situations de deuil, analyse de ressources en ligne), l’article met en évidence : (1) la centralité d’un idéal normatif de « bonne fin » (ḥusn al-khātima) qui encadre peurs eschatologiques, pratiques de piété (souvenir de la mort, testament) et épreuves de vulnérabilité; (2) la puissance sociale de la « promesse du retour » du corps au pays d’origine, pratique massivement valorisée et souvent organisée par des intermédiaires (associations, entreprises funéraires, assurances), malgré des prises de position juridiques musulmanes invitant à privilégier l’inhumation sur place; (3) les tensions entre normes étatiques des sociétés d’accueil (cimetières, procédures, coûts) et attentes rituelles, qui nourrissent un sentiment de déficit symbolique de la « bonne mort » en exil. L’article argue que la mort constitue un analyseur des recompositions identitaires et civiques : elle révèle à la fois l’attachement aux continuités traditionnelles et les possibilités d’un ancrage local (croissant mais encore minoritaire) des sépultures, avec des implications pour les politiques publiques de pluralisme religieux. En conclusion, il discute la condition sous laquelle la terre d’immigration peut devenir « sanctifiable » et offrir une clôture de vie socialement et religieusement reconnue.Pubblicazioni consigliate
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